Des bulles d'haleine alcoolisée se formaient sous leur nez à mesure qu'ils expulsaient toute la crasse accumulée par leurs tripes durant des années de fêtes, de baptêmes, et d'enterrement.
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Le temps avait sur elle l'effet d'une eau glacée sur un linge délicat : en vieillissant, Émilienne se ratatinait.
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Si l'on veut vivre en paix, il faut faire comme si on ne savait pas toute la douleur que l'autre endure. C'est mieux comme ça.
Les Hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la Nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d'orgueil, qu'elle était là avant, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent.
Personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur.
Tout ce qui fait battre ton coeur mérite d'être vécu. Tout ce qui te blesse,tout ce qui ouvre des crevasses te donne de l'épaisseur.
Dans la même œuvre
Il arrive, parfois, que les choses aillent à leur propre vitesse, sans se soucier de ceux qui sont blessés, ou de celles qui le seront bientôt.
C'est donc cela, les pleurs, les vrais. Des blessures en avalanche, les muscles, la peau, les os, le sang, qui tentent de sortir par les yeux, qui fuient ce navire à la dérive, cette épave incapable d'accueillir d'autres matelas que ceux du passé, dont le pont s'est depuis longtemps écroulé sous le poids de ce grelot, énorme à présent, monstrueux, une gigantesque boule qui grossissait encore. C'est donc cela, les pleurs : le sacre du désespoir.
Émilienne ressemblait à ce que la terre avait fait d’elle : un arbre fort aux branches tordues.
Très tôt, sa grand-mère lui avait expliqué que le corps des femmes était « une ville » et celui des hommes « un village ». Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l’adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L’âge et l’alcool pouvaient l’arrondir, mais il ne se métamorphosait pas.
il scruta son visage : elle avait vieilli. Ses yeux disparaissaient, enfoncés dans les rides qui les mangeaient, rivière jamais rassasiée. Le vert si dur, si beau de ce regard avalé par le temps se transformait en gris, un gris de terre, un gris de jument, un gris qui ternissait tout, amplifiait les petites peurs, les angoisses sans importance.